Prends ton pied

Prendre son pied, à l’origine, signifie « prendre sa part du butin ». Les pirates se partageaient ledit butin entre eux et chacune en avait une partie, un « fade »: prendre son fade est donc peu à peu devenu « prendre son pied ». Un pied, symbole du sale, du « par-terre », du mépris (« je piétine ») de l’ennui, peut-il donc être associé à l’érotisation ?

 

Oui, pour William Rossi, auteur de Erotisme du pied et de la chaussure. Et il n’est pas le seul ! Un mec me confiait récemment

 » Les seins, les fesses, ça ne m’intéresse pas. Je peux coucher avec une fille moche, borgne, plate, grosse, tout mais pas avec une fille qui a de vilaines chaussures. »

Sur les sites pornographiques, les mots clés « masturbation avec les pieds » ou plus vulgairement « branle avec les pieds » sont parmi les plus recherchés par les internautes. Un attrait mignon (chatouilles, caresses, massages de réflexologie plantaire) qui peut tout de même virer au fétichisme assez rapidement.

 

Illustration: Rodin a souvent insisté sur les détails de pieds des femmes dans ses sculptures ou dans ses aquarelles.

La psychologue Nicole Dubreuil explique que cet attrait sexuel pour les pieds des femmes renvoie à une forme de refoulement de son homosexualité. (Ben voyons). Choqués de découvrir, vers 5-6 ans, que les petites filles n’avaient pas de pénis, certains garçons se sont mis à fantasmer une sorte de palliatif: le pied. Nicole Dubreuil se réfère à Freud, même si certains sexologues préfèrent aujourd’hui parler de goûts et de sexualités variés, pour les pieds comme pour le reste.

Mais si vous êtes un/e fétichiste des pieds et que vous en avez honte, rassurez-vous il y a pire: un pédionychophage.

C’est toujours chic à ressortir pour briller dans les dîners en ville.

 

Moralité: les filles bien n’avalent pas, elles prennent leur pied.

 

Marie Minelli

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Amoureuses de l’amour

Elles sont love addict ou accro à l’amour, au Québec et en France, on les appelle les « dépendantes affectives ». Biberonnées à la princesse de conte de fées, ces femmes ne peuvent pas vivre hors de l’état amoureux : c’est pour elles une vraie drogue. Plus que l’homme qui partage leur vie, elles sont accro au sentiment d’en être amoureuse. Des amoureuses de l’amour, en somme…

Depuis 1999 et la parution de Ces femmes qui aiment trop de Robin Norwood, la notion de dépendance affective a été popularisée. Les fondateurs de l’Association des Dépendants Affectifs Anonymes du Québec expliquent sur leur site: «  La dépendance affective est un problème plus répandu qu’on ne le croit et qui affecte les relations interpersonnelles. Ce trouble se développe chez les individus issus de familles dysfonctionnelles. L’enfant qui a grandi dans un milieu marqué par le manque de communication et d’affection, la violence, l’alcoolisme, l’abus ou la négligence peut développer un sentiment de honte. Cette honte, qui se traduit par une faible estime de soi, engendre des relations malsaines avec soi-même et avec les autres « .

Jalousie maladive, difficultés à faire confiance, besoin de contrôle surpondéré par rapport à la moyenne, faible estime de soi en tant que personne indépendante hors couple, mais surtout attachement excessif à l’autre : tels sont les principaux signes de votre dépendance affective, pour l’association des Dépendants Affectifs Anonymes de Toulouse, qui ont listé 12 critères vous permettant de savoir si vous faites partie des DA ou pas. Séverine n’a, par exemple, jamais été célibataire : après un divorce, elle a sauté de relations en relations, en en cumulant parfois plusieurs, sans pouvoir se faire face à elle-même. « Je devenais délirante, j’interdisais à mon boyfriend avec qui je sortais depuis six mois de sortir sans moi, s’il le faisait je le harcelais de textos pour le faire culpabiliser… à la St Valentin, je lui ai offert une montre en or. Lui m’a offert une rose : j’ai alors réalisé que mes attentes étaient démesurées. »

Dans un documentaire Thema diffusé récemment sur Arte, des accros à l’amour se sont dévoilés : quête d’amour absolu, exigences élevées, haute idée de ce que doit être une relation à deux… Les répondeurs inondés de messages demandant « Où es-tu ? Que fais-tu ? », les collections de « signes du destin » prouvant que la dépendante affective et sa cible du moment sont faits pour être ensemble, les déclarations d’amour enflammées que l’on écrit plus pour soi-même que pour le destinataire officiel… le documentaire ne laisse rien au hasard, pas même l’enfance des protagoniste, dans laquelle la DA prendrait sa source, ou les aspects sombres de la dépendance affective : « Je me disais, en attendant son appel, je pourrais faire autre chose, mais… le vrai problème des dépendants affectifs, c’est qu’ils n’ont pas de vie à eux, hors de l’amour » témoigne face caméra une amoureuse de l’amour, expliquant qu’elle voulait sans doute transformer son compagnon en une sorte d’idéal.

« J’étais comme un petit insecte qui va se faire écraser » confie alors son partenaire de l’époque. « Je me sens emasculé » confirme Dorian, en couple avec une dépendante affective. « Ce n’est pas moi qu’elle veut, c’est un genre de prince charmant à ses ordres, à sa botte, façonné à son style…» en précisant qu’il a été relooké dès leurs premiers mois de relation, avant qu’elle n’ait fait le ménage dans ses relations amicales. « Ca lui fait plaisir, ça lui donne l’impression d’exister…» concède le jeune homme. Si les dépendants affectifs souffrent clairement d’une névrose, leurs compagnons ne sont pas en reste et ne sont jamais choisis au hasard : c’est souvent une réflexion à mener en couple.

Dans son étude sur la dépendance affective et les besoins humains, parue dans La Lettre du Psy, volume 3, Michèle Lavirey décrypte : « La personne reporte sur ceux qui font partie de sa vie actuelle le pouvoir de confirmer sa valeur comme personne. Comme tout individu inconscient de son transfert ou incapable de le résoudre, elle répète compulsivement des tentatives qui la mènent dans des impasses ».

En clair, la dépendante affective souffre de failles narcissiques, failles qu’elle comble dans le regarde d’autrui. Cet autrui peut être un compagnon, mais aussi plus tard un enfant – ou des followers… C’est le regard d’autrui qui lui donne de l’importance à ses propres yeux, privée de ce regard, elle revit une trop grande souffrance. Souvent, la dépendance affective n’est que le symptôme d’un autre mal plus profond, que seule une analyse pourra véritablement faire jaillir.

Moralité: les filles bien n’avalent pas, elles tombent amoureuses

 

Marie Minelli